
Les troubles du neurodéveloppement restent souvent mal compris. Derrière des difficultés d’attention, de langage, d’apprentissage ou de comportement se trouvent des fonctionnements cérébraux particuliers. Mehdi Aoun Sebaiti, Docteur en Neuropsychologie et fondateur de l’Institut Néocortex, explique comment mieux les comprendre pour proposer un accompagnement personnalisé.
Top Maman : On parle de plus en plus d’enfants « neuroatypiques ». Que recouvre ce terme ?
Dr Mehdi Aoun Sebaiti : « Le terme « neuroatypique » tend à simplifier une réalité clinique complexe. Les troubles du neurodéveloppement touchent notamment l’attention, le langage, la coordination des gestes, les apprentissages ou les interactions sociales. Ils regroupent entre autres le TDAH, les troubles du spectre de l’autisme, les troubles « dys », dont certains troubles du développement du langage. Dans leur ensemble, ils concerneraient environ 4 à 7 % de la population. »
Pourquoi ne pas s’arrêter aux signes observables ?
« Le diagnostic repose encore principalement sur les manifestations cliniques, c’est-à-dire sur ce qui se voit. Une évaluation complète doit partir de ces signes, identifier les fonctions cognitives ou comportementales perturbées, puis rechercher les mécanismes susceptibles de les expliquer : facteurs neurobiologiques, organiques, génétiques ou environnementaux. Nous complétons ainsi l’évaluation par des mesures de l’activité électrique cérébrale. Chez certains patients, l’EEG quantitatif met en évidence une organisation oscillatoire atypique : ralentissement relatif de l’activité, déséquilibres de puissance ou asymétries entre les hémisphères. Ces données aident à mieux comprendre les difficultés attentionnelles, cognitives ou émotionnelles et à cibler la prise en charge. »
Quels signes doivent alerter les parents ?
« Les difficultés apparaissent souvent à l’entrée à l’école : apprentissages laborieux, manque d’attention, problèmes de communication ou d’interactions sociales. Elles peuvent aussi s’accompagner d’anxiété, de crises de colère ou de troubles du sommeil. »
En quoi consiste un bilan neuropsychologique ?
« Il associe un entretien préalable, des tests standardisés et des questionnaires cliniques. Il permet d’identifier les fonctions fragilisées, de formuler des hypothèses sur l’origine des difficultés et d’orienter vers une prise en charge adaptée. »
Votre approche va-t-elle au-delà des tests traditionnels ?
« Oui. L’analyse de l’activité cérébrale peut révéler des anomalies des oscillations ou de la communication entre différentes régions. Elle complète les données cliniques, sans s’y substituer, afin de mieux comprendre les mécanismes en jeu. »
Vous utilisez notamment le neurofeedback. Comment agit-il ?
« Le neurofeedback est une technique non invasive de neuromodulation. L’activité électrique du cerveau est enregistrée en temps réel et restituée au patient sous une forme visuelle ou sonore afin de l’aider à moduler certains paramètres. Chez certains patients présentant un TDAH, nous observons au fil des séances des progrès en concentration, organisation, stabilité attentionnelle et régulation émotionnelle, comportementale ou motrice. Ses effets restent individuels et il s’intègre toujours dans une stratégie thérapeutique globale. »
Un diagnostic ne risque-t-il pas d’enfermer l’enfant dans une étiquette ?
« Au contraire, il permet de comprendre l’origine des difficultés et d’agir de manière ciblée. L’objectif n’est pas de réduire l’enfant à un trouble, mais de définir des stratégies adaptées et des objectifs concrets pour lui et sa famille.
C’est pour cela que les parents sont des partenaires essentiels. Ils peuvent mettre en place des stratégies concrètes à la maison afin de soutenir les apprentissages. Lorsque cela est nécessaire, nous travaillons aussi avec les enseignants et les autres professionnels afin de construire un parcours cohérent. »
Quel message adresser aux familles qui hésitent à consulter ?
« Il vaut mieux consulter avant que les difficultés ne s’installent. Une intervention précoce et personnalisée augmente les chances de développement de l’enfant, de préserver son estime de soi et de lui permettre d’exprimer pleinement son potentiel. »
L’Institut Néocortex dispose de trois centres en région parisienne et d’un quatrième à Aix-en-Provence.





